LA RESSOURCE PUBLIQUE EN QUESTION
Mesurer les pertes • Tracer les décisions • Récupérer la valeur • Réformer le système
Contribution citoyenne pour une nouvelle doctrine de protection de la richesse publique en Guinée
1. Le constat
La Guinée entre dans une période où les investissements publics, miniers, infrastructurels et sociaux prennent une dimension considérable. Le risque n’est donc plus seulement celui de quelques détournements isolés — même s’ils sont endémiques, révoltants et colossaux. Le véritable risque est celui d’une déperdition systémique de valeur publique.
Une dépense publique peut être :
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Juridiquement régulière, mais économiquement inefficace ;
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Correctement engagée, mais mal exécutée ;
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Techniquement exécutée, mais surévaluée ;
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Financée, mais insuffisamment utile ;
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Attribuée légalement, mais dans un environnement de conflit d’intérêts ;
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Achevée, mais sans modèle d’exploitation durable.
C’est précisément pourquoi le FMI recommande à la Guinée d’améliorer la priorisation et l’efficacité des investissements publics, ainsi que d’intégrer correctement les partenariats public-privé (PPP) dans la gestion des risques budgétaires.
2. Le chiffre qui doit interpeller
L’évolution de la commande publique mérite d’être regardée dans son ensemble.
En 2023, l’ARMP recensait 1 760 marchés pour un total de 18 575 milliards GNF.
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Les travaux représentaient à eux seuls 67 % de la valeur globale.
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L’appel d’offres restreint représentait 49 % de la valeur.
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Le gré à gré comptait pour 15 %.
L’ARMP ayant publié les statistiques annuelles 2024, il devient possible de construire une comparaison pluri-annuelle 2022–2023–2024 plutôt que de se focaliser sur un dossier particulier. C’est cette comparaison qui est au cœur du présent document. Elle permet de poser des questions fondamentales :
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Les volumes augmentent-ils ?
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Les investissements deviennent-ils plus efficaces ?
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Les procédures dérogatoires progressent-elles ou diminuent-elles ?
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La concentration des marchés évolue-t-elle ?
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Les travaux produisent-ils réellement les résultats attendus ?
3. Le nouveau concept : « Perte de valeur publique »
Il s’agit de la contribution conceptuelle la plus originale de ce dossier. Il est proposé de mesurer la déperdition à travers cinq niveaux distincts :
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A. Perte par corruption : Argent illicitement capté.
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B. Perte par surfacturation : L’État paie davantage que la valeur réelle ou raisonnable du marché.
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C. Perte par mauvaise décision : L’investissement n’était pas prioritaire ou suffisamment étudié.
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D. Perte par inefficacité : L’ouvrage existe, mais ne produit pas le résultat socio-économique attendu.
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E. Perte par absence d’exploitation : L’infrastructure est construite, mais reste insuffisamment utilisée, entretenue ou valorisée.
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Principe clé : Un milliard de GNF mal dépensé n’est pas nécessairement un milliard détourné. Mais pour le citoyen, les deux représentent une perte sèche de richesse publique.
4. Le « Test des 7 questions »
Chaque grand investissement public devrait impérativement répondre aux sept questions suivantes :
Tout projet incapable de répondre clairement à ces sept questions doit automatiquement faire l’objet d’un examen renforcé.
5. Le Tableau National de Traçabilité
Afin d’opérationnaliser le contrôle, l’approche repose sur un suivi rigoureux par étape :
La colonne « Écart entre l’objectif et le résultat » est la pièce maîtresse du dispositif : c’est elle qui permet de passer de la simple comptabilité de caisse à l’évaluation économique de la valeur publique.
6. L’approche face aux dossiers controversés
Les dossiers relatifs à certaines infrastructures sportives ou relayés par les médias ne doivent plus constituer la colonne vertébrale de la réflexion, mais plutôt servir d’exemples d’application de la méthode.
Plutôt que d’affirmer : « Voilà les coupables », la démarche scientifique et institutionnelle consiste à dire :
« Voilà comment une République moderne doit examiner objectivement tout dossier représentant une dépense publique d’envergure. »
Cette approche objective protège l’analyse des contestations ad hominem et garantit la validité du modèle, indépendamment des évolutions médiatiques ou judiciaires.
7. La CRIEF : un maillon essentiel, mais insuffisant à lui seul
La réponse à la mauvaise gouvernance ne peut pas être exclusivement judiciaire. L’expérience montre qu’une approche uniquement répressive risque de créer des blocages administratifs et des impacts sociaux colossaux sans corriger les causes profondes.
La chaîne institutionnelle complète doit suivre la séquence suivante :
Le FMI relève le rôle de la CRIEF dans le traitement des grandes affaires économiques et financières, tout en soulignant la nécessité de renforcer l’autonomie et l’indépendance des dispositifs globaux de prévention et de lutte contre la corruption.
Conclusion : La CRIEF intervient lorsqu’il existe une infraction pénalement punissable. Elle ne peut pas, à elle seule, restructurer l’architecture de la commande publique.
8. La vraie question politique
Au-delà des scandales individuels, la collectivité doit affronter cette question centrale :
Combien la Guinée peut-elle perdre chaque année sans que personne ne soit juridiquement coupable de détournement de deniers publics ?
Cela impose d’analyser sans concession :
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Les projets mal conçus ou aux études insuffisantes ;
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Les infrastructures sous-utilisées ou sans modèle économique ;
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Les marchés surévalués, retards d’exécution et avenants systématiques ;
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Les équipements inutilisés et les dépenses publiques sans impact mesurable.
9. Proposition phare : Le « Compte National de la Valeur Publique »
Il est proposé que l’État publie annuellement un bilan consolidé comprenant :
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Le montant total investi
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Le montant engagé
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Le montant décaissé
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La valeur réelle des ouvrages réalisés
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L’écart coût / résultat
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Le nombre et le coût des projets abandonnés
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Le nombre et le coût des projets sous-utilisés
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Les montants financièrement récupérés
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Les montants faisant l’objet de contentieux
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Les économies réalisées grâce aux contrôles a priori et a posteriori
Ce document donnera enfin aux citoyens une réponse claire à une question fondamentale : « Qu’avons-nous réellement obtenu en contrepartie de nos impôts et de nos ressources ? »
10. Positionnement stratégique et doctrine
La posture défendue est à la fois constructive, rigoureuse et apolitique :
« Je ne demande ni vengeance, ni amnistie générale. Je demande que chaque franc public puisse être retracé, que chaque décision puisse être expliquée, que chaque responsabilité puisse être établie et que chaque perte puisse être mesurée. »
« Si une faute est établie, elle doit être traitée conformément à la loi. Si aucune faute n’est établie, personne ne doit être condamné par la rumeur. Mais dans tous les cas, le système doit être corrigé. »
Structure proposée pour le document définitif (20–25 pages)
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PARTIE I — L’ALERTE : La richesse publique et le risque de déperdition systémique.
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PARTIE II — LES FAITS (2022–2024) : Évolution de la commande publique et des investissements.
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PARTIE III — LES ZONES DE RISQUE : Marchés dérogatoires, concentration, grands travaux, PPP, conflits d’intérêts et bénéficiaires effectifs.
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PARTIE IV — LES CAS D’ÉCOLE : Analyse méthodologique de dossiers complexes sans accusation préalable.
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PARTIE V — L’OUTIL : Le Tableau National de Traçabilité.
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PARTIE VI — LA SOLUTION : Le mécanisme national de mesure de la valeur publique.
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PARTIE VII — LA RESPONSABILITÉ PARTAGÉE : Administration, décideurs, contrôleurs, entreprises et bénéficiaires.
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PARTIE VIII — LA SORTIE PAR LE HAUT : Justice, récupération de valeur, continuité économique et réforme structurelle.
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PARTIE IX — PLAN D’ACTION (20 MESURES) : Feuille de route concrète sur 12, 24 et 36 mois.
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« La Guinée n’a pas seulement besoin de savoir qui a pris l’argent public. Elle doit apprendre à mesurer tout ce qu’elle perd lorsque l’argent public est mal décidé, mal attribué, mal contrôlé ou mal utilisé. »
PROPOSITIONS ÉTABLIES EN SEPTEMBRE 2026 PAR :
E. Thierno Ousmane LY
Ingénieur — Analyste Financier — Consultant PPP
BP 4360 Conakry — République de Guinée
Tél : (+224) 628 299 716 / (+224) 664 632 745






