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Est-ce que les cas d’inondations récurrentes en Afrique sont les effets du changement climatique ? Le cas de la ville de Conakry ( Par Mamadou DIAKITE, spécialiste de la durabilité environnementale)

août 21, 2026
in Tribune
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Est-ce que les cas d’inondations récurrentes en Afrique sont les effets du changement climatique ? Le cas de la ville de Conakry ( Par Mamadou DIAKITE, spécialiste de la durabilité environnementale)

Est-ce que les cas d’inondations récurrentes en Afrique sont les effets du changement climatique ? Le cas de la ville de Conakry

Par Mamadou DIAKITE, spécialiste de la durabilité environnementale

Chaque année, lorsque la saison des pluies s’installe en Afrique, les mêmes images reviennent. Des rues transformées en rivières. Des habitations envahies par les eaux. Des familles contraintes de quitter leur domicile. Des activités économiques paralysées. Et, malheureusement, des vies perdues.

À Conakry, ces scènes ne relèvent plus de l’exception. Elles semblent désormais faire partie du quotidien de chaque hivernage.

Face à cette réalité, une question revient avec insistance : le changement climatique est-il responsable de ces inondations à répétition ?

La réponse est oui… mais pas uniquement.

Ce que dit la science

Les recherches scientifiques sont aujourd’hui sans équivoque. Le changement climatique modifie le cycle de l’eau et accroît la fréquence ainsi que l’intensité de nombreux événements météorologiques extrêmes.

Le sixième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) conclut, avec un niveau de confiance élevé, que les épisodes de fortes précipitations deviennent plus fréquents et plus intenses à mesure que la température mondiale augmente.

L’explication est relativement simple.

Une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau. Pour chaque degré Celsius de réchauffement, l’air est capable de retenir environ 7 % d’humidité supplémentaire. Lorsque les conditions météorologiques sont réunies, cette humidité est libérée sous forme de pluies plus abondantes, souvent concentrées sur une courte période.

Autrement dit, lorsqu’il pleut, il peut pleuvoir beaucoup plus fort qu’auparavant.

Le changement climatique ne crée donc pas nécessairement les inondations, mais il augmente les conditions qui favorisent leur apparition.

Conakry : un exemple qui interpelle

Cette évolution est particulièrement visible à Conakry.

Selon les données de la Direction Nationale de la Météorologie, la capitale guinéenne a enregistré près de 1 967 mm de précipitations entre janvier et fin juillet 2025, contre environ 1 625 mm sur la même période en 2024. Une augmentation de plus de 340 mm en seulement une année.

Les conséquences humaines sont considérables.

D’après l’Agence Nationale de Gestion des Urgences et Catastrophes Humanitaires, les inondations de 2025 ont affecté près de 49 000 personnes en Guinée, dont une grande partie à Conakry. Dix-huit personnes ont perdu la vie dans la capitale.

Pourtant, le climat n’explique pas tout

Attribuer les inondations uniquement au changement climatique serait toutefois une erreur.

Une catastrophe est rarement provoquée par un seul facteur.

À Conakry, les pluies exceptionnelles rencontrent une ville devenue particulièrement vulnérable.

L’urbanisation progresse rapidement, souvent sans planification suffisante. Des habitations sont construites dans des zones naturellement inondables. Les caniveaux sont parfois sous-dimensionnés, insuffisamment entretenus ou obstrués par des déchets. Les mangroves et les zones humides, qui absorbaient naturellement une partie des eaux de pluie, disparaissent progressivement sous l’effet de l’urbanisation.

Lorsque des pluies intenses surviennent, ces fragilités transforment un phénomène météorologique en catastrophe humaine.

Le changement climatique agit alors comme un multiplicateur de risques.

Comprendre le risque pour mieux agir

Les spécialistes de la gestion des risques expliquent qu’une catastrophe résulte généralement de la combinaison de trois éléments :

1. un aléa climatique ;

2. l’exposition des populations ;

3. leur niveau de vulnérabilité.

Cette distinction est essentielle.

Deux villes peuvent recevoir exactement la même quantité de pluie sans connaître les mêmes conséquences.

Ce qui fait la différence, ce sont la qualité de l’aménagement urbain, la gouvernance, les infrastructures, la gestion des déchets, la préservation des écosystèmes et la capacité d’anticipation.

Autrement dit, ce n’est pas uniquement la pluie qui provoque la catastrophe. C’est aussi la manière dont la ville est préparée à la recevoir.

Adapter nos villes devient une priorité

Les projections scientifiques montrent que les épisodes de fortes précipitations pourraient continuer à s’intensifier dans plusieurs régions d’Afrique au cours des prochaines décennies.

Dans ce contexte, l’adaptation n’est plus une option. Elle devient une nécessité.

Pour Conakry, plusieurs priorités apparaissent notamment :

• renforcer les réseaux de drainage;

• protéger les zones humides;

• améliorer la gestion des déchets;

• empêcher les constructions dans les zones à risque ;

• développer des systèmes d’alerte précoce et intégrer pleinement les risques climatiques dans les politiques d’aménagement du territoire.

Les solutions fondées sur la nature méritent également une place centrale. Préserver les écosystèmes, restaurer les bassins versants et protéger les espaces verts constituent souvent des investissements moins coûteux et plus durables que la reconstruction après chaque catastrophe.

Une responsabilité collective

L’Afrique est responsable d’une faible part des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pourtant, elle figure parmi les régions les plus exposées aux conséquences du changement climatique.

Cette réalité renforce la nécessité d’un financement international plus important pour l’adaptation. Mais elle rappelle également que chaque pays, chaque ville et chaque citoyen ont un rôle à jouer dans la réduction des risques.

Les inondations récurrentes à Conakry ne sont donc ni la seule conséquence du changement climatique, ni uniquement le résultat d’une urbanisation mal maîtrisée.

Elles sont le produit de l’interaction entre un climat qui évolue rapidement et des vulnérabilités accumulées au fil des années.

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine. À Conakry, il tombe désormais avec la pluie.

Mais ce sont nos choix d’urbanisme, notre gouvernance et notre capacité à anticiper qui détermineront si cette pluie continuera à provoquer des catastrophes… ou si elle deviendra simplement un phénomène naturel que nos villes sauront mieux gérer.

Pour aller plus loin

• Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (2023). AR6 Synthesis Report: Climate Change 2023.

• Organisation météorologique mondiale. State of the Climate in Africa (2024 et 2025).

• Programme des Nations Unies pour l’environnement. Adaptation Gap Report.

• Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe. Rapports sur la réduction des risques de catastrophe.

• Direction nationale de la météorologie (Guinée). Données pluviométriques 2024-2025.

• Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires (ANGUCH). Bilans des inondations 2025.

 

 

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