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La Guinée a-t-elle vraiment besoin de campagnes de reboisement chaque année ? ( Par Mamadou DIAKITE, spécialiste de la durabilité environnementale)

août 15, 2026
in Tribune
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La Guinée a-t-elle vraiment besoin de campagnes de reboisement chaque année ? ( Par Mamadou DIAKITE, spécialiste de la durabilité environnementale)

La Guinée a-t-elle vraiment besoin de campagnes de reboisement chaque année ?

Réflexion sur la restauration écologique, la régénération naturelle et la mise en défens

Par : Mamadou DIAKITE, spécialiste de la durabilité environnementale et de la gestion de projets.

Chaque année, avec l’arrivée de la saison des pluies, la même scène se répète.

Une campagne nationale de reboisement est lancée, souvent avec beaucoup d’enthousiasme, des cérémonies officielles qui mobilise les responsables publics, les partenaires, les organisations de la société civile, les jeunes et les communautés.

Des plants sont distribués.

Des arbres sont plantés.

Les images circulent.

Puis la saison passe.

Quelques mois plus tard, une partie des plants ne survit pas. Et l’année suivante, une nouvelle campagne commence.

La scène est devenue presque familière.

On plante.

On communique.

Puis la saison passe.

Cette répétition pose pourtant une question simple, mais rarement posée :

« Avons-nous réellement besoin de planter chaque année, ou devons-nous surtout apprendre à mieux protéger ce que la nature est encore capable de régénérer elle-même ? »

Cette question ne remet pas en cause l’importance du reboisement.

Elle invite plutôt à revoir notre manière de concevoir la restauration des écosystèmes.

Pour y répondre, il faut regarder trois choses : le potentiel naturel de la Guinée, les résultats réels des plantations et les alternatives fondées sur la régénération naturelle.

Un pays doté d’un potentiel naturel exceptionnel

La Guinée possède une diversité écologique remarquable.

Son territoire comprend notamment des forêts denses humides, des forêts sèches, des savanes soudano-guinéennes, des écosystèmes de montagne, des écosystèmes insulaires et des mangroves.

Cette diversité est liée à la variété des reliefs, des climats, des sols et des conditions hydrologiques du pays.

La Guinée forestière abrite encore des formations forestières humides. La Haute Guinée présente des savanes et des formations forestières sèches. Le Fouta-Djallon possède des écosystèmes de montagne qui jouent un rôle important dans l’alimentation de plusieurs bassins hydrographiques de l’Afrique de l’Ouest. Le littoral guinéen abrite quant à lui d’importantes formations de mangrove.

Cette diversité écologique est une richesse considérable.

Elle signifie aussi que la Guinée possède, dans de nombreux territoires, une partie des conditions naturelles nécessaires à la régénération de sa végétation.

Le problème n’est donc pas toujours l’absence d’arbres.

Le problème est souvent leur disparition répétée, ou l’impossibilité pour les jeunes plants et les repousses naturelles de parvenir à maturité.

Une richesse floristique que nous devons davantage protéger

La richesse floristique de la Guinée mérite également notre attention.

Une étude scientifique consacrée à quatre forêts sacrées de la zone soudano-guinéenne a recensé 431 espèces végétales appartenant à 312 genres et 87 familles. Les auteurs montrent également que la distribution des groupements végétaux est liée notamment à la géomorphologie, à la texture et à l’hydromorphie des sols, au microclimat et aux pressions humaines (Soumah et al., 2018).

Cette donnée est particulièrement intéressante.

Elle montre que certains espaces relativement bien conservés peuvent jouer le rôle de véritables réservoirs de biodiversité.

Une forêt naturelle n’est donc pas simplement une collection d’arbres.

Elle constitue un patrimoine génétique.

Elle contient des graines et des individus capables de se régénérer.

Elle fournit des habitats à de nombreuses espèces.

Elle participe à la protection du sol et au maintien de certaines conditions microclimatiques.

Elle permet aussi aux processus naturels de dispersion et de renouvellement de la végétation de fonctionner.

Une forêt naturelle est donc un système vivant.

C’est précisément ce système qu’une politique de restauration devrait chercher à préserver ou à retrouver.

La mise en défens : une solution souvent moins visible, mais essentielle

Il existe une autre approche, moins spectaculaire qu’une cérémonie de plantation, mais particulièrement intéressante lorsque le potentiel de régénération naturelle est encore présent : la mise en défens associée à la régénération naturelle assistée.

Le principe est relativement simple.

Plutôt que de commencer immédiatement par planter de nouveaux arbres, on protège une zone dégradée contre les principales pressions qui empêchent sa régénération.

Il peut s’agir du pâturage, des feux de brousse, des coupes, du défrichement ou d’autres perturbations.

L’objectif premier est de permettre aux souches, rejets, jeunes plants et semences encore présents de poursuivre leur développement.

La régénération naturelle assistée va plus loin. Elle consiste à identifier, sélectionner, protéger et gérer les jeunes repousses et les arbres issus de la régénération naturelle.

Ce n’est donc pas simplement « ne rien faire».

C’est une intervention humaine qui accompagne un processus écologique déjà présent.

Pourquoi cette approche peut-elle fonctionner ?

Les raisons sont assez simples.

Une repousse issue d’une souche ou d’un système racinaire déjà établi n’est pas dans la même situation qu’un jeune plant sorti récemment d’une pépinière.

Elle dispose déjà d’un système racinaire.

Elle est issue du milieu local.

Elle est adaptée aux conditions écologiques du site.

Elle ne nécessite pas nécessairement les mêmes opérations de transport, de plantation et d’entretien qu’un plant produit en pépinière.

C’est l’un des intérêts de la régénération naturelle assistée.

Mais il faut rester prudent : elle ne fonctionne pas partout et dans toutes les conditions.

Elle dépend notamment de la présence d’une régénération naturelle suffisante, de la capacité du site à se régénérer et surtout de la possibilité de contrôler les pressions qui détruisent les jeunes plants.

C’est pourquoi le diagnostic du site doit venir avant la méthode.

Pourquoi planter chaque année si nous ne mesurons pas la survie ?

C’est probablement la question la plus importante.

Une campagne peut annoncer plusieurs dizaines ou centaines de milliers de plants mis en terre.

Mais combien survivent après un an ?

Combien après trois ans ?
Combien deviennent réellement des arbres adultes capables de produire ?
Combien contribuent à restaurer la biodiversité ?
Combien améliorent réellement la couverture végétale et la qualité du sol ?
Ces indicateurs sont beaucoup plus importants que le nombre de plants mis en terre.

Prenons un exemple simple.

Planter 100 000 plants et en perdre 80 % ne constitue pas nécessairement une réussite écologique.

À l’inverse, protéger une zone où des milliers de jeunes plants issus de la régénération naturelle sont déjà présents peut produire un résultat beaucoup plus durable.

La question devrait donc progressivement passer de :

« Combien d’arbres avons-nous plantés ? »

à :

« Combien d’hectares avons-nous effectivement restaurés et maintenus dans le temps ? »

Cette évolution du raisonnement est essentielle.

Cela signifie-t-il qu’il faut arrêter de planter ?

Non. Il serait scientifiquement incorrect de conclure que le reboisement est inutile.

Il existe des situations dans lesquelles la plantation est nécessaire.

Lorsqu’un terrain est fortement dégradé, lorsque les sources de semences ont disparu ou lorsque la régénération naturelle est insuffisante, une plantation peut être indispensable.

Le problème n’est donc pas le reboisement.

Le problème est le reboisement systématique comme réponse unique.

Avant de planter, il faudrait pouvoir répondre à quelques questions simples :

Existe-t-il encore des arbres adultes sur le site ?
Y a-t-il des rejets ou des jeunes plants naturels ?
Le sol possède-t-il encore une capacité de régénération ?
Existe-t-il des sources de semences à proximité ?
Les feux sont-ils maîtrisés ?
Le pâturage est-il contrôlé ?
Les communautés locales sont-elles associées à la gestion ?
Qui assurera le suivi du site après la campagne ?

Si la régénération naturelle est présente et que les pressions peuvent être maîtrisées, la mise en défens et la régénération naturelle assistée devraient être sérieusement envisagées.

Si la régénération naturelle est insuffisante, la plantation peut alors devenir nécessaire.

Deux approches à combiner, pas à opposer

Il ne faudrait donc pas opposer systématiquement plantation et régénération naturelle.

Une stratégie plus efficace pourrait combiner les deux.

La mise en défens et la régénération naturelle assistée pourraient être privilégiées dans les zones où des jeunes plants, des arbres semenciers ou une banque de graines sont encore présents.

La plantation ciblée pourrait être utilisée dans les espaces où le potentiel naturel de régénération a été fortement réduit.

Cette approche suppose toutefois une condition essentielle : la sécurisation et la gestion durable des espaces restaurés.

Sans contrôle des feux.

Sans gestion du pâturage.

Sans protection contre les coupes.

Sans implication des communautés.

Même les meilleurs plants risquent de disparaître.

La restauration écologique ne peut donc pas être réduite à une journée de plantation.

Elle nécessite une présence dans le temps.

Et si la meilleure campagne de reboisement était parfois… de ne pas planter ?

Cette question peut paraître provocatrice.

Elle ne l’est pas.

Dans certaines localités, la meilleure décision environnementale pourrait être de ne pas introduire immédiatement de nouveaux plants.

Mais plutôt :

de protéger les arbres existants ;

de laisser les jeunes repousses grandir ;

de contrôler les feux ;

de limiter le pâturage ;

de protéger les arbres semenciers ;

de restaurer les sols ;

et de laisser la nature faire une partie du travail.

Cela ne signifie pas abandonner l’action humaine.

Au contraire.

Cela signifie mettre l’action humaine au service des processus écologiques plutôt que de chercher systématiquement à les remplacer.

Le véritable indicateur de réussite doit changer.

Pendant longtemps, la réussite d’une campagne de reboisement a été associée au nombre de plants distribués ou mis en terre.

Nous devrions progressivement changer cette manière de mesurer les résultats.

Un programme de restauration devrait aussi nous dire :

Quel est le taux de survie des plants après un an ?

Quel est le taux de survie après cinq ans ?

Combien d’hectares ont réellement retrouvé un couvert végétal durable ?

Quelle diversité d’espèces a été restaurée ?

Le sol s’est-il amélioré ?

Les feux et les pressions anthropiques ont-ils diminué ?

Les communautés continuent-elles à protéger les espaces restaurés ?

C’est à ce niveau que nous pourrons véritablement mesurer l’efficacité de nos investissements.

La Guinée n’a pas besoin de moins d’ambition. Elle a besoin de meilleures stratégies.

Même si la Guinée possède une diversité d’écosystèmes et une richesse floristique considérables.

Mais cette richesse n’est pas une garantie.

Elle peut disparaître si les pressions sur les terres et les ressources naturelles continuent d’augmenter.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut planter ou ne pas planter.

La vraie question est :

Quelle méthode de restauration est la plus adaptée à chaque territoire ?

C’est cette approche territoriale et écologique que nous devons progressivement privilégier.

Le véritable indicateur de réussite ne devrait plus être uniquement la photographie d’une cérémonie de plantation.

Il devrait être la photographie du même site cinq, dix ou quinze ans plus tard.

Avec des arbres adultes.

Une végétation diversifiée.

Un sol protégé.

Des cours d’eau fonctionnels.

Une faune revenue.

Et surtout, une communauté capable de continuer à protéger cet espace.

Planter un arbre est un acte.

Restaurer un écosystème est une stratégie.

La Guinée doit désormais passer progressivement de l’un à l’autre.

Car parfois, la meilleure façon d’aider une végétation à repousser est simplement de lui donner les conditions pour le faire.

 

Références bibliographiques

FAO. (2026, 30 mars). En Guinée, la FAO soutient la restauration des paysages dégradés par la régénération naturelle assistée. Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. https://www.fao.org/africa/news-stories/news-detail/en-guin%C3%A9e–la-fao-soutient-la-restauration-des-paysages-d%C3%A9grad%C3%A9s-par-la-r%C3%A9g%C3%A9n%C3%A9ration-naturelle-assist%C3%A9e/fr

Haglund, E., Ndjeunga, J., Snook, L., & Pasternak, D. (2011). Dry land tree management for improved household livelihoods: Farmer managed natural regeneration in Niger. Journal of Environmental Management, 92(7), 1696–1705. https://doi.org/10.1016/j.jenvman.2011.01.027

Soumah, F. S., Kaniewski, D., & Kokou, K. (2018). Les forêts sacrées de Guinée : entre écologie et conservation. Comptes Rendus Biologies, 341(9–10), 433–443. https://doi.org/10.1016/j.crvi.2018.09.001

Traoré, B., Arzika, Z., & Subagadis, Y. H. (2024). Scaling Farmer Managed Natural Regeneration (FMNR) in Niger. ICRISAT / Catholic Relief Services.

U.S. Geological Survey. (2018). Farmer-managed restoration of agroforestry parklands in Niger. U.S. Geological Survey Publications Warehouse.

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