Le renforcement de l’accès à la justice pour les personnes vulnérables en Guinée est au cœur d’une étude d’envergure menée entre 2019 et 2026. Portant sur un échantillon de 1 894 détenus répartis dans six préfectures et la capitale Conakry, les résultats de cette enquête, présentés à la presse ce jeudi, dressent un diagnostic sévère des dysfonctionnements de la chaîne pénale guinéenne.

Des chiffres qui interpellent Sous l’égide de l’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH), un groupe de consultants a passé au peigne fin la situation carcérale à Conakry, Coyah, Dubréka, Forécariah, Kindia, Mamou et Labé. Sur l’ensemble de ces juridictions, l’étude a recensé 1 894 prévenus en attente de jugement, mettant en lumière l’ampleur du défi judiciaire.

L’enquête souligne des violations graves des délais procéduraux. Mamadou Malal Diallo, l’un des consultants ayant réalisé l’étude, a cité des exemples frappants illustrant l’inertie du système :
« Le 8 janvier 2026, au tribunal ad hoc de Dixinn, nous avons assisté à la première comparution de personnes placées sous mandat de dépôt depuis le 17 août 2016 pour vol à main armée. Soit 10 ans de détention provisoire sans jugement », déplore-t-il.
Le juriste rappelle également qu’en octobre 2024, l’intervention du Procureur Général près la Cour d’appel de Conakry avait permis la libération de huit détenus à la Maison centrale. Ces derniers étaient incarcérés depuis 2008 — soit 16 ans de détention préventive irrégulière — sans jamais avoir été présentés à un juge d’instruction.
Vers une réforme profonde du système judiciaire
Face à ce constat, l’étude ne se contente pas de dénoncer ; elle propose des pistes concrètes pour redynamiser l’appareil judiciaire. Les recommandations formulées à l’endroit de l’État s’articulent autour de plusieurs axes stratégiques :
• Une réforme globale et progressive : Mettre en place une politique pénale responsable et humaine pour réduire les abus.
• La modernisation des infrastructures : Améliorer les conditions de détention et les outils de travail des magistrats.
• Le respect des délais : Instaurer une rigueur absolue dans le suivi des délais procéduraux pour éviter les détentions arbitraires.
• L’opérationnalisation du fonds d’aide juridictionnelle : Garantir aux plus démunis un accès effectif à un avocat.
• Un mécanisme de redevabilité : Aligner le système sur les normes internationales des droits de l’homme tout en l’adaptant au contexte local.

L’enjeu est de redorer l’image de la justice guinéenne et restaurer la confiance des citoyens, particulièrement les plus vulnérables, envers leur institution judiciaire.
Amara Morgan pour Kabakonews.com





