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Quand tombe un baobab : hommage à Souleymane Diallo, bâtisseur de la presse libre en Guinée(Tham Camara)

juin 2, 2026
in Médias
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Décès de Souleymane Diallo fondateur du Groupe de presse Lynx-Lance: les condoléances de Cellou Dalein Diallo

Quand tombe un baobab : hommage à Souleymane Diallo, bâtisseur de la presse libre en Guinée(Tham Camara)

Il existe des hommes dont la disparition ne laisse pas seulement un vide dans leurs familles ou parmi leurs proches. Elle crée un silence dans l’histoire elle-même. Le décès de Souleymane Diallo, survenu le 1er juin 2026 au Canada, appartient à cette catégorie de pertes qui bouleversent une profession, émeuvent une nation et marquent durablement la mémoire collective.

Aujourd’hui, je pleure un maître, un compagnon de lutte, un mentor et un ami. Je pleure surtout un homme dont la vie entière fut consacrée à la défense de la liberté, de la vérité et de la dignité de la presse guinéenne.

J’ai eu l’immense privilège de côtoyer Souleymane Diallo au sein du Conseil National de la Transition de 2010, où il présidait avec autorité, intelligence et hauteur de vue la Commission Communication, tandis que j’y exerçais les fonctions de secrétaire parlementaire. Cette proximité institutionnelle m’a permis de découvrir un homme d’une culture exceptionnelle, d’une rigueur intellectuelle rare et d’un engagement inébranlable pour les valeurs démocratiques.

À ses côtés, j’ai appris que les lois ne sont pas de simples textes, mais des instruments de protection des libertés. C’est avec cette conviction qu’il participa activement à l’élaboration des principaux textes qui régissent aujourd’hui les médias en Guinée, notamment la loi sur la liberté de la presse et celle portant création de la Haute Autorité de la Communication. Son empreinte demeure gravée dans l’architecture juridique de notre paysage médiatique.

Mais réduire Souleymane Diallo à ses fonctions institutionnelles serait trahir la grandeur de son parcours.

Il était avant tout un journaliste. Un journaliste dans l’âme. Un journaliste jusqu’au bout des doigts. Un journaliste jusqu’au dernier souffle.

Après chacune des hautes responsabilités qu’il occupa, que ce soit au sein du Conseil National de la Communication, de l’OGUIDEM, de l’UNESCO, de Reporters Sans Frontières, du Forum des Éditeurs Africains ou du Conseil National de la Transition, il revenait toujours à la presse. Comme on revient à sa terre natale. Comme on revient à son premier amour. La presse était sa passion, son combat et sa raison d’être.

Lorsque, au début des années 1990, il rentra de son exil ivoirien pour créer Le Lynx, il ne fondait pas simplement un journal. Il ouvrait une brèche dans le mur du silence. Il créait un espace de liberté dans un contexte où parler librement relevait souvent du courage, parfois même de l’héroïsme.

Avec son style incisif, son humour ravageur et son refus absolu de la compromission, Le Lynx est devenu bien plus qu’un journal : une institution nationale, un symbole de résistance et une école de journalisme.

Souleymane Diallo connaissait le prix de la liberté. Il l’a payé de sa personne. Six procès intentés contre son journal. Deux séjours en prison. D’innombrables pressions. Des tentatives de corruption qu’il repoussa avec mépris. Des intimidations qu’il affronta avec une sérénité déconcertante.

Il aurait pu céder. Il aurait pu se taire. Il aurait pu négocier son indépendance contre le confort. Il ne l’a jamais fait.

Parce qu’il appartenait à cette génération de journalistes pour qui la liberté n’était pas une marchandise mais un sacerdoce.

Au-delà du combattant, il y avait le bâtisseur.

Combien de journalistes aujourd’hui reconnus ont été formés dans le creuset du Lynx-La Lance ? Combien de jeunes professionnels ont bénéficié de ses conseils, de son exigence et de son accompagnement ? Combien de carrières ont été façonnées par cet homme qui savait détecter le talent et transmettre le savoir ?

Son héritage humain est probablement encore plus grand que son héritage professionnel.

Docteur de troisième cycle de l’Université de Nice, intellectuel raffiné, observateur lucide des mutations sociales et politiques, Souleymane Diallo n’a jamais utilisé son savoir pour dominer les autres. Il l’a utilisé pour éclairer, former et émanciper.

Aujourd’hui, la presse guinéenne perd l’un de ses derniers grands baobabs.

Un baobab dont les racines plongent dans les premières heures du journalisme guinéen à Horoya dans les années 1970.

Un baobab qui a traversé les décennies, les régimes politiques, les crises et les tempêtes.

Un baobab qui a offert son ombre protectrice à plusieurs générations de journalistes.

Un baobab qui a tenu debout lorsque beaucoup vacillaient.

Son départ nous attriste profondément. Mais il nous oblige également.

Il nous oblige à défendre avec la même détermination la liberté de la presse.

Il nous oblige à préserver l’éthique journalistique qu’il a toujours placée au-dessus des intérêts particuliers.

Il nous oblige à poursuivre son combat pour une presse indépendante, responsable et professionnelle.

Le 31 octobre 2022, il avait été élevé au rang de la dignité de grand-officier dans l’ordre national de colatier par un décret présidentiel, quelques jours après avoir été célébré vivant par la presse guinéenne pour toutes ses œuvres.

Au nom de l’Association Guinéenne de la Presse en Ligne (AGUIPEL), au nom des journalistes guinéens, mais aussi en mon nom personnel, je m’incline avec respect devant la mémoire de cet homme d’exception.

Cher Président,

Cher Doyen,

Cher Souleymane Diallo,

Vous avez consacré votre vie à informer, à former et à défendre.

Vous quittez ce monde avec l’élégance des grands serviteurs de la République et de la liberté.

Votre voix s’est tue, mais vos combats continueront de résonner dans les rédactions, dans les écoles de journalisme, dans les institutions de régulation et dans le cœur de tous ceux qui croient encore que la presse est un pilier essentiel de la démocratie.

La Guinée médiatique vous doit beaucoup.

L’histoire retiendra votre nom.

Et nous, vos disciples et compagnons de route, garderons précieusement votre exemple.

Reposez en paix, Président.

Reposez en paix, Doyen.

Reposez en paix, cher Souleymane Diallo: le Gros Lynx!

Que la terre vous soit légère.

Amadou Tham Camara
Président de l’Association Guinéenne de la Presse en Ligne (AGUIPEL)

Ancien Secrétaire parlementaire de la Commission Communication du CNT (2010)*

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