Les recettes publiques de plusieurs États africains, dont la Guinée, reposent encore largement sur les revenus issus du secteur minier. L’économiste Kaba Diané propose son éclairage sur les avantages — mais aussi les risques — que cette dépendance engendre pour ces pays.
Selon lui, l’analyse de la structure économique des États africains révèle une forte corrélation entre leur performance macroéconomique et l’exploitation des ressources minières.
« La structure des différentes économies de nos États dépend des matières qui nous procurent des devises et des recettes, c’est-à-dire des secteurs qui nous permettent de vivre. Prenons un exemple comparatif : en Guinée aujourd’hui, 93 % de nos recettes d’exportation proviennent de la bauxite et du fer. Il y a aussi un peu d’or et d’autres produits. De même, au Congo, 88 % des recettes d’exportation proviennent du cobalt, du cuivre et du coltan. En Zambie, environ 78 % de ces recettes viennent des matières premières comme le cuivre et le cobalt. Vous voyez donc que la part des produits miniers dans nos exportations est écrasante.
C’est la valeur que nous pouvons offrir au reste du monde aujourd’hui en échange de devises. Cette forte concentration traduit une grande dépendance à ce secteur. Une analyse approfondie permet de comprendre nos faiblesses et nos instabilités économiques liées à cette dépendance excessive. » Explique cet économiste.
Mais cette situation n’est pas sans conséquences. Kaba Diané met en garde contre les risques majeurs qu’engendre une telle dépendance vis-à-vis des matières premières.
« Dès qu’on dépend fortement d’un paramètre, cela devient un risque important. Autrement dit, dès que ce paramètre bouge, toutes nos prévisions et notre situation économique bougent avec. Le premier risque à considérer est la volatilité des cours et l’instabilité macroéconomique. La fluctuation des prix de la bauxite sur le marché international impacte directement nos revenus miniers. À titre d’exemple, en 1995, le prix de la bauxite avait chuté de 30 %. Cette baisse a engendré une crise budgétaire sérieuse, avec un écart de plus de 5,2 % du PIB dans les prévisions. En Zambie, lorsque le prix du cuivre est passé de 9 800 à 4 500 dollars la tonne, le pays a connu une crise de la dette extérieure, allant jusqu’à un défaut souverain. » A-t-il rappelé.
Pour ce spécialiste, il est donc crucial pour les États africains de diversifier leurs économies afin d’atténuer leur vulnérabilité face aux fluctuations des marchés mondiaux.
Amara Morgan pour Kabakonews.com






