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COP30 à Belém : Regard d’un négociateur africain sur les avancées… et les manques criants (Alpha O. Kaloga : Lead negotiator Groupe Afrique Porte parole Pertes et Prejudices)

décembre 3, 2025
in Environnement
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Quand on arrive à Belém, l’air lui-même vous rappelle ce que le monde risque de perdre : une chaleur lourde, vivante, presque humide au point de coller à la peau, chargée de l’odeur profonde de la forêt. Cette ville, porte d’entrée de l’Amazonie, a accueilli cette année la COP30 – la 30ᵉ Conférence des Parties à la Convention climat des Nations unies. Le 22 novembre 2025, après deux semaines de discussions tendues, les marteaux de salle plénière ont finalement frappé la table.
Pour beaucoup, ces COP semblent lointaines, techniques, réservées aux diplomates. En réalité, ce sont les lieux où le monde décide – ou hésite – d’affronter la crise climatique. Derrière chaque mot négocié, derrière chaque phrase entre crochets, il y a des vies humaines, des moyens de subsistance, des budgets nationaux déjà fragiles.

Pour l’Afrique, ce n’est pas un exercice diplomatique. C’est une question de survie. Notre continent n’émet même pas 4 % des gaz à effet de serre mondiaux, et pourtant, c’est chez nous que les coups tombent les plus durement. Des sécheresses qui n’en finissent plus, des inondations qui emportent en une nuit le travail d’une année, des cyclones qui arrachent en quelques heures des infrastructures construites avec patience, courage et moyens limités.
Chaque année, ces chocs climatiques grignotent entre 3 et 5 % de notre PIB. Ce sont des milliards qui auraient dû financer des écoles, renforcer nos hôpitaux, améliorer nos routes, offrir un avenir plus stable à nos jeunes. C’est avec cette réalité en arrière-plan — très concrète, très lourde — que nous, négociateurs africains, avons franchi les portes des salles de Belém. Nous n’y allions pas pour philosopher sur le climat, mais pour défendre la survie et la dignité de millions de personnes.

Une COP sous tension, dans un monde déréglé : COP30 se tenait dans un contexte inquiétant. Dix ans après l’Accord de Paris, la trajectoire mondiale est clairement déviée. Même si tous les engagements actuels étaient respectés à la lettre, nous nous dirigeons tout droit vers un réchauffement situé entre 2,3°C et 2,8°C. Pour beaucoup, ces chiffres restent abstraits. Pour les pays africains, ils ont déjà un visage : celui des vagues de chaleur qui deviennent insupportables, des côtes qui reculent d’année en année, des saisons agricoles qui ne ressemblent plus à rien. Ce n’est pas un futur hypothétique. C’est simplement la suite logique d’une crise que nous subissons déjà, saison après saison.

Et cette année, le contexte géopolitique n’a rien fait pour calmer nos inquiétudes. Les États-Unis n’ont même pas jugé utile d’envoyer une délégation officielle. Les dirigeants de la Chine et de l’Inde, deux géants parmi les plus gros émetteurs, étaient absents. Pendant ce temps, un groupe très organisé de pays producteurs de pétrole est arrivé avec un seul objectif : empêcher toute avancée sérieuse vers la sortie des énergies fossiles. Autant dire que nous savions, en entrant dans les salles de Belém, que le combat serait rude.

Mais l’endroit comptait. Négocier au bord de l’Amazonie, c’était un rappel constant : cette crise n’est pas qu’une affaire de « comptabilité carbone ». Elle concerne les forêts, les cycles de l’eau, les territoires autochtones, les écosystèmes qui nous maintiennent en vie. Pour nous Africains, habitués à défendre les forêts du Bassin du Congo, de la biodiversité et la foret du mont Nimba. Cette symbolique résonnait particulièrement fort.

Financement climatique : une avancée, mais encore très loin des besoins
Si vous demandez à un négociateur africain ce qui revient année après année, la réponse est immédiate : l’ambition en matière de réduction des émissions, et le financement climat. Nous savons ce qu’il faut faire. Mais nous manquons d’actions concrètes des grands émetteurs et surtout de ressources prévisibles pour atténuer, s’adapter, prévenir et gérer les pertes et dommages – sans nous enfoncer dans l’endettement.

Ce que nous avons apporté de Bakou : À la COP29, à Bakou, les pays se sont mis d’accord sur un nouvel objectif mondial de financement : au moins 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, dont 300 milliards en financement public. Sur le papier, c’était ambitieux.
À Belém, l’enjeu était de transformer cette promesse en quelque chose de concret.

La feuille de route Bakou–Belém : Cette fameuse feuille de route essaie de répondre à une question très simple en apparence, mais redoutablement complexe dans les faits : « D’où viendra tout cet argent ? ce fameux 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035?. Dans ses lignes, on trouve des pistes déjà entendues, mais qui, mises bout à bout, pourraient changer la donne :
• réformer enfin les banques multilatérales pour qu’elles prennent mieux en compte nos réalités ;
• augmenter la part des dons, plutôt que des prêts qui étranglent encore plus nos budgets;
• utiliser des garanties pour débloquer davantage d’investissements ;
• développer les financements mixtes pour attirer les capitaux privés ;
• explorer les échanges dette-contre-climat pour alléger nos charges tout en renforçant nos actions.

Sur le papier, le diagnostic est juste. Il dit tout haut ce que nous vivons depuis des années : la manière dont le système financier international nous classe, presque automatiquement, comme « risqués ». Cette étiquette invisible mais lourde renchérit nos emprunts, fait grimper les taux d’intérêt, et nous prive d’un accès rapide à des fonds pourtant destinés à nous aider.
La vraie question, celle que tout le monde se pose en Afrique, est beaucoup plus terre-à-terre : toutes ces grandes idées vont-elles enfin se transformer en réformes réelles ? Ou bien resteront-elles de belles formules, bien placées dans une décision de COP, mais sans impact concret sur la vie des gens ? C’est là que se jouera la crédibilité de cette feuille de route. Et, au fond, la confiance que nous pouvons encore accorder au système.

L’adaptation : une victoire partielle mais réelle

Pour nous, la plus grande avancée a concerné le financement de l’adaptation – ce qui permet aux pays de faire face aux impacts déjà visibles : protections contre les crues, agriculture résiliente, gestion de l’eau, systèmes d’alerte précoce, santé publique adaptée aux canicules et aux maladies climatiques.

Les pays africains, avec les PMA et les petits États insulaires, sont arrivés à Belém en demandant un triplement de ces financements d’ici 2030. Au final, nous avons obtenu un engagement à tripler d’ici 2035. Plus tard que souhaité, mais politiquement important.

Encore plus décisif : la manière de fournir cet argent. Nous avons insisté pour que ce soit des dons et des financements très concessionnels – pas davantage de prêts. Le texte final reconnaît que l’adaptation ne doit pas aggraver les dettes. Ce n’est pas parfait, mais c’est une base solide pour continuer à demander que la finance climat ne ruine pas davantage nos économies.
Si l’objectif de 1 300 milliards est effectivement atteint, environ 120 milliards par an devraient aller à l’adaptation. Ce n’est pas suffisant. Mais ce serait déjà bien plus que ce que nous recevons aujourd’hui.

Indicateurs d’adaptation : utiles, mais encore instables

Un autre résultat technique mais important concerne l’objectif mondial d’adaptation de l’Accord de Paris. Pour mesurer les progrès, il fallait des indicateurs communs.
Après deux ans de travail, 59 indicateurs ont été adoptés : eau, alimentation, santé, écosystèmes, infrastructures, moyens de subsistance, politiques publiques, avec des volets transversaux sur le genre, les droits humains, la technologie et les capacités.
Pour l’Afrique, cela peut aider : mieux documenter nos besoins, mieux orienter la finance.
Mais la manière dont certains indicateurs ont été modifiés au dernier moment – parfois vidés de leur contenu – a soulevé beaucoup d’inquiétudes. Certains pays en développement l’ont dit clairement en plénière.

Le processus « Belém–Addis » doit continuer jusqu’à la COP32 en Éthiopie. Une chance et une frustration en même temps : nous pouvons encore peser dessus, mais l’outil reste inachevé au moment où nous en avons le plus besoin.

Pertes et dommages : la porte est ouverte, mais la pièce est vide
Le terme « pertes et dommages » peut sembler technique, mais il décrit des réalités très simples : des villages engloutis par la mer, des terres agricoles devenues stériles, des maisons arrachées par les tempêtes, des sites culturels perdus à jamais. Ce sont des impacts auxquels on ne peut plus s’adapter.

À la COP28 de Dubaï, le monde a accepté de créer un Fonds pour répondre aux pertes et dommages. À Belém, on est passé de l’idée à un début d’opération : premier appel à projets, cycles de reconstitution fixés, premiers paiements attendus en 2026.
Symboliquement, c’est énorme. Pendant des décennies, les pays vulnérables ont demandé la reconnaissance de ces dommages irréversibles.
Mais les chiffres font l’effet d’une douche froide :
• 348 millions de dollars réellement versés à mi-2025 ;
• 431 millions promis au total ;
• alors que les pertes pour l’Afrique pourraient atteindre des centaines de milliards par an d’ici 2030.
En clair : nous avons bâti la maison… mais les étagères sont vides.
Nous avons proposé des sources innovantes – taxes sur les combustibles fossiles, le transport maritime, l’aviation. Elles ont été discutées, puis mises de côté. Pour l’instant, le fonds dépend de contributions volontaires de pays qui, historiquement, ne tiennent pas toujours parole.

Transition juste : un nouveau mécanisme… qui attend ses moyens

Quand on parle de l’avenir de l’Afrique, une notion revient sans cesse : la transition juste. C’est quitter petit à petit les énergies fossiles pour miser sur les renouvelables, sans laisser sur le carreau les travailleurs, la croissance économique ou l’accès à l’énergie pour tous.

À la COP30, ils ont lancé le Mécanisme d’action de Belém (BAM), qui doit devenir la plateforme mondiale pour piloter ces changements : échanges d’expériences, mobilisation de fonds, aide technique concrète.
Pour nous en Afrique, c’est vital. Plus de 600 millions de personnes n’ont toujours pas l’électricité – imaginez le défi ! Certains pays dépendent fortement du pétrole et du gaz. Une transition juste signifie diversifier les économies, former les travailleurs, construire de nouvelles filières industrielles propres.
Mais… si le mécanisme n’est pas financé, il restera un beau logo sur un document onusien.
L’un des points les plus sensibles pour nous concernait les liens entre transition et commerce. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l’UE inquiète beaucoup de pays africains, car il pourrait pénaliser nos exportations industrielles et surtout minières même lorsqu’elles sont plus propres. Nous voulions que cela figure dans le texte final. Tout a été retiré. Le combat continue.

Énergies fossiles : la plus grande déception
Sur l’atténuation – réduire les émissions à la source – COP30 a échoué sur le point le plus crucial.
Le Brésil avait proposé une feuille de route pour sortir des énergies fossiles, soutenue par plus de 80 pays. Pour nous Africains, dont les populations subissent les conséquences d’émissions que nous n’avons pas produites, c’était une évidence.
Mais les pays producteurs de pétrole ont bloqué. Résultat : aucune date, aucune obligation, aucune trajectoire.
C’est une défaite lourde. Tant que la production fossile mondiale augmente, les financements d’adaptation ne suffiront jamais à protéger nos communautés.
Le Brésil a bien lancé deux initiatives volontaires. Louables, mais insuffisantes. La planète ne peut pas se contenter de bonnes intentions facultatives.

Forêts, océans, biodiversité : des idées prometteuses, mais des rendez-vous manqués
On aurait pu s’attendre, en étant à l’ombre de l’Amazonie, à un accord ambitieux sur les forêts. Le résultat a été plus discret.
L’initiative la plus marquante est le lancement du Tropical Forests Forever Facility, un mécanisme innovant pour financer durablement la protection des forêts tropicales. Ce fonds pourrait vraiment changer la donne pour les pays du Bassin du Congo — et même pour la Guinée, avec ses massifs forestiers souvent oubliés. Pour une fois, on parle d’un mécanisme qui apporte des financements plus réguliers et qui reconnaît, noir sur blanc, le rôle essentiel des communautés locales, celles qui protègent la forêt au quotidien sans jamais être rémunérées pour cela.

Mais malgré l’espoir que portait Belém, aucun accord global n’a vu le jour pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Rien. Pas de feuille de route, pas d’engagement collectif. Une occasion manquée… dans le berceau même de la plus grande forêt tropicale du monde.Le symbole amazonien n’a pas suffi à surmonter les pressions économiques.

Côté océans et biodiversité, plusieurs initiatives ont été annoncées : lutte contre les incendies de forêt, bioéconomie, protection des espaces marins… Des engagements utiles, mais largement volontaires.

Marchés carbone : opportunités, mais risques réels

COP30 a surtout réalisé du « ménage technique » sur l’Article 6, transférant les fonds restants des anciens mécanismes de Kyoto vers le nouveau système.
De nombreux pays africains continuent de miser sur les marchés carbone comme source potentielle de financements pour la restauration, les renouvelables, la conservation.
Bien faits, ces marchés peuvent apporter des revenus importants. Mal faits, ils peuvent déposséder les communautés, créer des contrats opaques et permettre aux pays riches de continuer à polluer.
C’est pourquoi nous insistons sur :
• des mécanismes de partage équitable des bénéfices ;
• une consultation réelle des communautés ;
• une intégrité environnementale solide ;
• une transparence totale.
Le chantier avance, mais la vigilance reste indispensable.

Technologie et capacités : les piliers toujours manquants.

S’il y a un point où tous les Africains s’accordent, c’est celui-ci : la technologie et le renforcement des capacités sont les angles morts du régime climatique.
Nous avons besoin d’accès abordable aux technologies propres : énergie solaire, éolienne, irrigation efficace, système d’alerte, procédés industriels propres. Et nous avons besoin des compétences pour les utiliser.
À Belém, les textes ont répété les promesses anciennes, sans percée sur la propriété intellectuelle ni sur les conditions d’accès. Les institutions africaines continuent d’être sous-financées et débordées face à la complexité croissante du climat international. Cela joue contre nous dans chaque négociation.

Changer le récit africain: S’il y a bien quelque chose qui a marqué cette COP, c’est la façon dont l’Afrique a raconté sa propre histoire. Cette fois-ci, nous avons refusé d’être enfermés dans le rôle unique de continent « vulnérable ». Oui, nous sommes exposés. Oui, nous subissons des impacts disproportionnés. Mais nous sommes bien plus que cela. Nous sommes un continent de solutions, d’ingéniosité, de force tranquille.

Quand nous prenons la parole aujourd’hui, nous ne parlons plus seulement de ce que nous subissons. Nous parlons de ce que nous pouvons offrir au monde. Nous parlons de notre soleil, l’un des plus puissants au monde, capable d’alimenter des économies entières. Nous parlons de nos vents qui balaient les plaines du Sahel et les côtes atlantiques, porteurs d’un potentiel énergétique immense. Nous parlons de notre jeunesse, inventive, impatiente, prête à prendre sa place dans les nouvelles industries.

Nous rappelons aussi que les minerais indispensables à la transition énergétique – ceux qui alimenteront les batteries, les voitures électriques, les technologies propres – se trouvent en grande partie sur notre sol. Et que nos forêts, nos savanes, nos mangroves jouent un rôle vital dans l’équilibre climatique mondial, en absorbant du carbone quand d’autres en émettent.
Nos pays regorgent d’entrepreneurs qui imaginent déjà des solutions locales, parfois avec très peu de moyens, mais avec une créativité qui force le respect.

Alors, non, nous ne venons plus seulement demander de quoi « faire face ». Nous venons demander des investissements pour bâtir, ici, nos propres industries vertes. Nous voulons créer de la valeur en Afrique, pour l’Afrique. Nous voulons être coproducteurs de la transition mondiale, pas de simples spectateurs ni des territoires d’extraction ou de compensation.
Changer le récit, c’est aussi changer la manière dont le monde nous regarde — et surtout, la manière dont nous nous regardons nous-mêmes.

Alors, la COP30 a-t-elle servi l’Afrique ?

Si l’on veut être honnête, la réponse tient en deux mots : oui… et non.
Oui, parce qu’il y a eu de vraies avancées, qu’il ne faut ni minimiser ni balayer d’un revers de main. Le triplement annoncé des financements pour l’adaptation d’ici 2035 envoie un signal politique important : enfin, le monde reconnaît que s’adapter coûte cher, et que les pays en première ligne doivent être soutenus. L’opérationnalisation du Fonds pour pertes et dommages, avec des appels à projets et un calendrier de décaissement, donne corps à une revendication portée depuis des décennies par les pays vulnérables. La création d’un mécanisme dédié à la transition juste pose, noir sur blanc, le principe qu’on ne peut pas demander aux pays en développement de verdir leurs économies sans les accompagner dans la transformation de leurs systèmes productifs et de leurs emplois. L’adoption d’indicateurs d’adaptation, même imparfaits, offre un début de boussole pour savoir si nous avançons ou si nous patinons. Le lancement d’un fonds innovant pour les forêts tropicales ouvre, lui, une nouvelle voie de financement pour les pays forestiers, notamment du Bassin du Congo. Enfin, la confirmation que la COP32 se tiendra en Afrique, en Éthiopie, ramènera le centre de gravité des discussions climatiques sur notre continent, là où les impacts sont les plus forts et où les solutions émergent chaque jour.

Mais en même temps, non, la COP30 n’a pas été à la hauteur de ce que l’Afrique attendait, ni à la hauteur de l’urgence climatique. Sur les points décisifs, les manques sont flagrants. Il n’y a toujours aucune feuille de route claire pour sortir des énergies fossiles, alors même que c’est la racine du problème. Le Fonds pertes et dommages, si difficilement arraché, reste pour l’instant quasiment vide en regard des besoins colossaux de nos pays. Sur le transfert de technologies, aucune percée : les belles déclarations n’ont pas encore franchi le mur des brevets, des coûts prohibitifs et des barrières à l’accès. Là où il aurait fallu des engagements fermes, contraignants, nous nous retrouvons avec une série d’initiatives volontaires, dépendantes du bon vouloir politique et des priorités changeantes des uns et des autres. Et sur la déforestation comme sur la justice commerciale – par exemple face à des mesures comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières – les occasions d’avancer ensemble ont été manquées.

Ce qui inquiète le plus, au fond, ce n’est pas seulement ce qui a été décidé ou non à Belém, mais l’écart qui se creuse entre les annonces et la réalité. Nous avons déjà vu des promesses de financements « doublés » qui n’ont jamais été tenues. Chaque nouvelle promesse non réalisée entame un peu plus la confiance et fait perdre un temps que nous n’avons pas. L’Afrique, elle, n’a plus le luxe des illusions : chaque saison agricole, chaque cyclone, chaque crue nous rappelle que le climat, lui, ne négocie pas.

COP30 à Belém : De Belém à Addis – ce que l’Afrique doit faire à l’approche de la COP31 en Turquie, puis de la COP32 à Addis-Abeba, notre feuille de route apparaît avec une clarté presque brutale. Nous n’avons plus le luxe du flou : nous savons précisément ce qu’il nous reste à accomplir si nous voulons que les grandes annonces internationales cessent d’être de belles phrases, et deviennent enfin des outils capables de changer concrètement la vie de nos populations. D’abord, renforcer encore davantage notre unité. Quand l’Afrique parle d’une seule voix, le rapport de force change. À Belém, cette cohésion a pesé. Il faudra la préserver, la consolider, l’élargir.

Ensuite, exiger de vrais mécanismes de responsabilité – pour que les financements promis soient enfin les financements versés, et que chaque engagement puisse être suivi, vérifié, questionné.

Troisièmement, investir dans nos propres capacités, techniques comme institutionnelles. Aucune stratégie climatique ne peut tenir si nos pays n’ont pas les ingénieurs, les économistes, les négociateurs et les institutions capables de concevoir, exécuter et défendre nos projets.
Nous devrons aussi être présents dans les autres lieux de pouvoir : le G20, les négociations commerciales, les discussions avec les banques multilatérales, les débats sur la dette. Beaucoup des décisions qui façonneront notre avenir se prennent loin des salles des COP. Et nous ne pouvons plus nous permettre d’y débarquer en simples observateurs, à commenter après coup ce qui a déjà été décidé sans nous.

Et puis, il y a une autre bataille, tout aussi essentielle : continuer à raconter nos histoires. Celles des paysans qui réinventent leurs pratiques pour survivre aux saisons devenues imprévisibles.

Celles des jeunes qui bricolent, innovent, imaginent des solutions que personne n’attendait..Celles des communautés qui, jour après jour, protègent leurs forêts, leurs mangroves, leurs terres comme on protège un héritage précieux.

Ces récits-là sont notre force. Ils montrent que l’Afrique n’est pas seulement un continent vulnérable. Elle est tenace, inventive, profondément résiliente.
Soyons clairs : la COP30 n’a pas été le grand basculement que beaucoup espéraient. Mais ce n’était pas non plus un naufrage. Le multilatéralisme tient toujours — de justesse, peut-être — mais il tient, et il continue d’offrir un espace où l’Afrique peut peser, s’affirmer, et défendre sa vision.

Les opinions que je partage ici s’appuient sur mon expérience personnelle en tant que négociateur africain engagé dans les processus climatiques internationaux. Elles ne reflètent pas nécessairement la position officielle d’un État africain en particulier, ni celle d’un groupe de négociation.

(Par Alpha O. Kaloga : Lead negotiator Groupe Afrique Porte parole Pertes et Prejudices)

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