Au lendemain d’un scrutin législatif qui a redessiné les contours du paysage politique guinéen, le président de l’Union pour le Progrès d’une Guinée Nouvelle (UPAG), Cheick Oumar Traoré, brise le silence. Dans une déclaration sans détour, il appelle les autorités à consolider le pluralisme politique en reconnaissant la légitimité des urnes, notamment à travers l’attribution du statut de chef de file de l’opposition à la coalition AGN (Avenir Guinée-Nouvelle) et ses alliés.
Un nouvel échiquier politique dicté par les urnes
Pour le leader de l’UPAG, l’issue des dernières élections législatives impose une reconfiguration immédiate de la gouvernance démocratique. Face à la victoire de la mouvance présidentielle, Cheick Oumar Traoré estime qu’il est indispensable de donner de la voix à l’opposition sortie des urnes pour garantir l’équilibre du système.
« Nous venons de sortir d’une élection législative. Cette élection législative a redessiné, en tout cas, l’échiquier politique de notre pays, une nouvelle fois. Donc, à partir de ce moment-là, le combat que tout acteur politique est censé mener, c’est naturellement le renforcement du système démocratique de notre pays. Donc, c’est par de ce fait-là que nous avons dit qu’il faut considérer en ce moment la volonté des électeurs. »
Le pluralisme politique et l’argument juridique
Pour Cheick Oumar Traoré, le respect du pluralisme politique n’est pas une option, mais un principe fondateur de la démocratie. Il exhorte ainsi le pouvoir en place à réactiver un dispositif légal déjà existant dans le droit guinéen.
« Nous souhaiterons que les autorités nous entendent, parce que ça y va dans l’intérêt, de notre système démocratique. Vous savez, aujourd’hui, nous sommes en train de parler de la démocratie, mais qui parle de la démocratie parle des principes. Et il y a l’un des principes de la démocratie qui dit qu’il faut absolument avoir ce qu’on appelle le pluralisme démocratique ou le pluralisme politique. Et ce pluralisme politique-là voudrait qu’il y ait la reconnaissance, non seulement de la mouvance présidentielle, mais aussi de l’opposition. Donc, nous demandons à ce que cela soit fait dans ce sens. Et l’autre chose aussi que l’on peut dire aussi, qui puisse vraiment amener les autorités à reconsidérer la position et à réactualiser son statut de chef de file de l’opposition, c’est en fait la légitimité des urnes. »
Cheick Oumar Traoré insiste sur le fait que la légitimité de ce titre revient de droit à la coalition qui mène l’opposition parlementaire actuelle.
« Il est très important aujourd’hui de regarder la volonté populaire. C’est ce que le président de la République veut. C’est ce que tous les acteurs politiques voudraient aujourd’hui. Aujourd’hui, à la sortie de ces élections, la majorité aujourd’hui du côté de l’opposition se trouve au niveau de l’AGN et ses alliés. Donc, nous pensons absolument que cette majorité-là est une légitimité qu’il faudrait consacrer en octroyant ce statut de chef de file de l’opposition. Et en troisième position, je l’ai déjà dit, en fait, c’est le cadre juridique guinéen. Il se trouve que ce statut de chef de file de l’opposition a déjà été reconnu dans l’ordonnancement juridique de notre pays. Donc, partant de ce fait-là, nous pensons qu’il est aujourd’hui nécessaire et même indispensable de réactualiser cela pour qu’on puisse avoir une démocratie purement équilibrée. »
Un appel au dépassement des clivages pour l’intérêt national
Conscient des réticences et des débats que sa démarche peut susciter au sein de la classe politique, le président de l’UPAG balaie d’un revers de main toute accusation d’opportunisme personnel. Il inscrit son action dans une dynamique purement institutionnelle et républicaine.
« L’unanimité, on ne l’obtient jamais. Et on a souvent l’habitude de dire même Dieu lui-même n’a pas obtenu l’unanimité, n’est-ce pas ? Il y a quand même des voix qui s’élèvent, qui s’opposent un peu. ce que nous voulons dans notre démarche, en fait, ce n’est pas vraiment une revendication partisane. Ce n’est pas une revendication personnelle. Ce n’est pas encore une revendication politique. Ce que nous voulons, ça va dans l’intérêt national. Ça va dans le renforcement de notre système démocratique. Parce que ce que nous demandons, ce n’est pas vraiment de la mer à boire. Nous pensons que les autorités pourront vraiment prendre le taureau par les cornes pour rétablir, notre famille politique dans ces droits. »
S’adressant à ses pairs de la classe politique, il rappelle l’objectif commun : l’avenir de la Guinée.
« On n’est pas surpris qu’il y ait des oppositions de part et d’autre, Ce que nous pouvons quand même dire à l’ensemble des acteurs politiques, c’est fondamental ce que nous demandons. Parce que nous sommes convaincus que même eux qui sont aujourd’hui opposés à ce que nous demandons, même eux aujourd’hui, leur volonté aujourd’hui, c’est que la Guinée se porte mieux, c’est que la Guinée puisse aller de l’avant. En fait, c’est le point commun entre tous les acteurs politiques. Donc, s’ils voudraient vraiment que le cadre démocratique puisse être là, il faudrait qu’on surpasse ces questions vraiment purement réductrices, de ce débat, qu’on puisse aller sur la base institutionnelle. Et si nous partons aujourd’hui sur la base institutionnelle, l’enjeu est très clair aujourd’hui, c’est avoir, dans notre pays une opposition purement équilibrée. C’est-à-dire pour avoir un système démocratique purement équilibré. »
Amara Morgan pour Kabakonews.com






